• Trois machinistes de locomotives à vapeurs.

    Les samedi 24 et dimanche 25 août 1985, entre Namur et Dinant, la vallée s'emplissait comme jadis des panaches de fumée d'anciennes locomotives à vapeurs. L'écho renvoyait d'une colline à l'autre leur halètement, ponctué de coups de sifflet.

     Quoi d'anormal en cette animation inhabituelle quand on saura que les chemins de fer belges fêtaient le 150e anniversaire de sa création ?

    Les sections comprises entre Namur et Jemeppe-sur-Sambre et entre Namur et Huy avaient connu la même animation durant le week-end du 8 au 9 juin 1985.

     L'horaire des trains du week-end et le prix des billets étaient ainsi programmés :

    Départ de Namur.

    9 h 05 ; 11 h 33 ; 15 h 33 (arrêt de 5 minutes à Lustin et Yvoir - durée du trajet environ 1 heure)

    Départ de Dinant.

    10 h 10 ; 12 h 50 ; 16 h 50 arrêt de 5 minutes à Lustin et Yvoir - durée du trajet environ 1 heure).

    Prix des billets A-R. soumis à réservation.

    adultes = 250 fr ; enfants de 6 à 12 ans = 125 fr .

     Les convois ainsi soumis à la curiosité du public, étaient composés d'une locomotive "Pacific 12" tractant des voitures de type "L" datant de 1933. La "Pacific type 12" en question, est cette sensationnelle locomotive aux formes aérodynamiques construite en 1939 pour la ligne ralliant le littoral et qui décrocha, le 12 juin 1939, le "ruban bleu" mondial de la vitesse, avec des pointes à 165 km/h.

     Durant ce week-end, une autre machine à vapeur de type 29, robuste machine canadienne, stationnait en gare de Dinant. Sans toutefois circuler, elle fut mise sous pression entre 10 h et 17 h. Ses sifflements étaient entendus dans la vallée, de part et d'autre de Dinant.

     La fête s'est terminée par l'arrivée à 18 h en gare de Namur, venant de Dinant, d'une rame tractée par deux locomotives. Son entrée en voie D fut accueillie par la fanfare de l'Atelier Central de Salzinnes.

     L'arrêt de ce train marquait aussi la fin de carrière de trois machinistes du Namurois encore en service et qui étaient d'ailleurs aux commandes des locos durant le week-end. Ils ont tous trois débuté à la traction-vapeur et, fait exceptionnel, qui ont mis un point final à leur métier en conduisant la loco "Pacific type 12" pour son dernier voyage, elle aussi.

     Ces valeureux cheminots étaient MM. Albert SCHAEFS de Namur, Jules LEBRUN de Rouillon-Annevoie et André MARTIN de Namur.

     Indépendamment de la circulation des convois anciens, un train-expo se trouvait en gare de Namur durant le week-end. Ce train évoquait toute l'histoire du chemin de fer depuis sa naissance en Grande-Bretagne dans les années 1770 et son évolution technique chez nous. Il y avait aussi, stationnant en gare de Namur, la toute nouvelle grue de 100 tonnes affectée aux Ateliers de Ronet ainsi que la grue à vapeur de 35 tonnes venue de Kinkempois.

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     Revenons à nos trois machinistes namurois, Jules d'Annevoie, André et Albert de Namur.

     Avant leur prestation à caractère touristique dans la vallée mosane durant le week-end du 24 au 25 août 1985, Jules et André ont fait, le mercredi précédent et pour la toute dernière fois, le trajet international Namur-Paris pilotant l'express venant de Copenhague. Dès l'entrée en gare de Namur à 9 h 40, la locomotive a été décorée et munie d'une banderole portant l'inscription : "Le dernier train du conducteur". A Paris-Nord, les collègues français les attendaient pour un dernier verre.

     Après le départ de nos trois héros du rail, il ne restait plus à Namur, qu'une poignée  de conducteurs ayant connu la fin  de la traction-vapeur, il s'agissait d'Alfred DEREPPE, Gilbert MAYENNE, Auguste DUBLET, José TOMBEUR, Jules BIEVA, Maurice PESSER et Louis TOURNAY.

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     André MARTIN raconte.

     Tout comme son collègue, Jules LEBRUN d'Annevoie, André Martin a travaillé plus de dix ans sur des machines à charbon. Il est entré aux chemins de fer en 1948 et a pris sa retraite en 1985, une rapide soustraction apprendra que sa carrière compte quelque 35 années et...des milliers de kilomètres parcourus. En service à la traction à vapeur jusqu'en 1962, il fait ensuite deux ans de coopération technique aux chemins de fer zaïrois avant de passer sur locomotive diesel jusqu'en 1970 et enfin, sur des locomotives électriques.

     Comme tous ses collègues conducteurs, il a du suivre la filière obligatoire, d'abord comme chauffeur (pelle et charbon) puis, après examens d'aptitude, machiniste. Sa première affectation fut le dépôt de Ronet, Ans et retour à Ronet et enfin Namur.

     Durant les première années, comme machiniste, André MARTIN a surtout conduit des "type 29", ensuite on lui confié des "types 81" appelés communément "G 8", des locomotives allemandes plus légères récupérées après la guerre.

     André MARTIN se plaisait à raconter qu'à l'époque, les machines étaient titularisées. Chaque équipe avait la sienne ce qui explique pourquoi elle s'évertuait à la frotter, à faire blinquer les tuyaux en cuivre avec du papier de verre, ce qui donnait droit à une prime spéciale. La tôle de la carrosserie était astiquée avec du produit appelé "gamma". Au passage sur tracteurs diesel, c'était pareil, on le bichonnait et, ce qui n'était pas déplaisant, le plancher du poste de conduite était couvert d'un balatum, quasi du luxe.

     Au cours de sa carrière, André MARTIN a fait toutes les lignes de la région, celles de L!ège et d'Arlon comme les plus petites très tôt désaffectées. Il a tiré des rames composées de 12 ou 13 voitures à la structure de bois sur la ligne de vers Ramillies et Landen, ramenant les ouvriers des "Bas-Prés". Vers Givet, il a conduit des autorails, d'anciennes rames triples datant d'avant-guerre.

     André MARTIN a aussi beaucoup fait, ce qu'ils appelaient "Le tour du Monde" ou...presque. Il partait à 3 h du matin de Namur, en marche-arrière jusqu'à Dinant (pour mettre la locomotive dans le bon sens il fallait une plaque-tournante inexistante à Dinant). Puis, revenant sur ses pas, le train remontait jusqu' Anhée, bifurquait vers la vallée de la Molignée pour rejoindre Charleroi, via Mettet et Tamines. Le retour se faisant par la vallée de la Sambre jusque Namur où un collègue prenait le relai pour tirer la rame jusque Liège-Vivegnis.

     Le machiniste devait connaître parcours les virages, les côtes (prévoir et doser la production de vapeur), les emplacements des signaux, bref, sa vigilance et son attention devaient être permanentes et l'horaire respecté.

     Il y avait aussi des primes en fonction du charbon consommé. Par exemple, un machine "type 29" tractant une rame de wagons de marchandises entre Namur et Jemelle, brûlait cinq bennes (bac-chargeur) de "menu" (poussières de charbon) une ou deux de "crible" (mélange calibré) et 400 kilos de briquettes. Tout était pensé et calculé à l'économie. Du côté humain, le machiniste avait à cœur de ménager les efforts de son chauffeur car, comme on disait dans leur jargon "il ne faut pas faire passer le chauffeur par la buse".

    La pire des lignes était celle d'Arlon, il fallait la connaître sur le bout des doigts, surtout par nuit de pluie et de brouillard lorsqu'on peine à repérer les signaux. Le métier de machiniste vapeur était harassant, s'approchait plus d'un certain art puisqu'on créait de l'énergie à la force de ses bras. Le passage au diesel a quelque peu amené un soulagement du point de vue physique mais laissait tout de même un peu de nostalgie des moments où on tirait la langue.

     En 36 ans de métier, André s'enorgueillit de n'avoir jamais eu d'accident, de déraillement et peu de pannes, même en périodes de fortes gelées. Certes, la fatigue survenait parfois, peut-être à cause des horaires obligeant l'équipe de faire sonner le réveil à deux heures du matin, les "découchés", ces nuits passées dans les dortoirs de Tirlemont ou de Givet.

     A nos trois cheminots namurois, qu'ils sachent que nous nous souvenons très bien d'eux. Dans notre mémoire, nous les revoyons, flouté par les vapeurs giclant de leur monstre, accoudés à la lucarne de leur poste conduite, pareil à des diables, portant casquette à penne et foulard rouge à pois. Le halètement rythmé de la locomotive sous pression prête au départ, nous les avons toujours aux oreilles.

     Bravo à vous trois.

     Photo extraite du journal "Vers l'Avenir" du jeudi 22 août 1985.

     Mercredi, 21 août 1985, 9 h 40, Gare de Namur.

    Jules LEBRUN et André MARTIN vont prendre place aux commandes de leur dernier Namur-Paris.

     

     Photo extraite du journal "Vers l'Avenir" du vendredii 13 septembre 1985.

      A Namur, dans les locaux du dépôt des conducteurs S.N.C.B., les deux aînés des conducteurs namurois, André MARTIN de Namur et Jules LEBRUN d'Annevoie ont été fêtés pour leur départ à la retraite. M. Francis MEYER, instructeur et M. MAGNETTE, chef de gare les ont congratulés.

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  • Commentaires

    1
    Scaillet Serge
    Dimanche 31 Mars à 15:50

    Je me souviens très bien de ces "journées mémorable",ils ont été fêté au moins trois fois pour leur mise à la retraite,ce fut une période faste,inoubliable,j'en garde un merveilleux souvenir.

     

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