• Régiments namurois dans la tourmente (1) - Le 13e de Ligne.

    Dans la série, "Campagne de 1940 : les régiments namurois dans la tourmente", écrite par Isy LALOUX, voici le premier article sur "Le 13e de Ligne", paru dans le journal "Vers l'Avenir" le mercredi 8 août 1990.

    Soucieux de respecter l'authenticité de ce document nous le reproduisons, in extenso.

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    LE 13e DE LIGNE.

    A tout seigneur, tout honneur. Le 13e Régiment de Ligne est certainement le plus authentiquement namurois de toutes les unités qui tinrent garnison dans notre ville. De par la longueur de son séjour. De par son intégration à la vie locale, notamment grâce à sa musique. De par son large recrutement dans toute la province.

    Le régiment fut créé par arrêté royal du 29 janvier 1874, portant réorganisation de l'armée sur base des expériences de la "drôle de guerre" de 1870-1871. Il tint d'abord garnison à Mons (1874-1881), Charleroi (1881-1883), Hasselt (1883-1886 et Anvers (1886-1892) avant de venir se fixer définitivement à Namur. Il y fut reçu chaleureusement par le bourgmestre Henri LEMAÎTRE, en présence d'un détachement d'honneur du 1er Lanciers. L'école régimentaire se fixa à Dinant. Il s'installa d'abord dans des quartiers très vétustes des anciennes casernes de la rue Gaillot (datant de 1674) et à la citadelle. Ce n'est qu'en juin 1894 que le régiment prit possession de la caserne Marie-Henriette flambant neuve.

    Dès lors, la presse locale raconte régulièrement la cohabitation amicale de Namur et de son régiment.

    Le 3 août 1914, à 18 h, le 13e quitte Jambes pour gagner son premier cantonnement en campagne, à Gesves.

    Le 13e va participer à la bataille de Namur, à la dramatique retraite de l'Entre-Sambre-et-Meuse. Il gagnera six citations : Namur, Termonde, Yser, Merckem, Zarren et Handzaeme et la fourragère à la couleur de l'ordre de Léopold. Avec ses unités de complément, il donnera au pays 53 officiers et 995 sous-officiers, caporaux et soldats morts pour la patrie.

    Le 7 avril 1919, le 13e de Ligne, désormais dans la glorieuse tenue kaki, revenu d'occupation dans la Ruhr, était reçu à Namur dans un enthousiasme délirant par le bourgmestre Arthur PROCÈS, la population, les enfants des écoles et la garnison britannique. Ce fut un jour historique.

    De 1919 à 1939, les liens du 13e avec la ville et la province ne font que se confirmer.

    La drôle de guerre

    Puis c'est à nouveau la mobilisation, de 1938 d'abord, de 1939 ensuite. Le 13e assure notamment la garde des ponts de la Meuse, minés de Heer-Agimont à Namur, en coopération avec le 2e Chasseurs à cheval et le 4e Génie. Le 13e est mis sur pied de guerre. Il appartient à la 8e Division d'Infanterie, chargée de la défense de la Position fortifiée de Namur (PFN) aux ordres des TDLN (Troupes de défense de Luxembourg et Namur). La 8e DI est commandée par un cadre typiquement 13e, entourant le commandant de Division, le lieutenant général LESAFFRE : le lieutenant-colonel BEM WEBER, le lieutenant BEM DUCAMP, le lieutenant DEREINE.

    La Division travaillera avec acharnement au renforcement des intervalles, ouvrages bétonnés et autres points d'appui sur quelques 40 km, selon les secteurs suivants : Meuse aval, fort d'Andoy ; fort d'Andoy, Meuse amont ; Sambre et Meuse ; Sambre, ligne ferroviaire de Bruxelles ; ligne de Bruxelles, fort d'Emines ; fort d'Emines, clocher de Cognelée ; clocher de Cognelée, Ville-en-Waret ; Ville-en-Waret, Meuse aval.

    Dans ces secteurs, le régiment vivra notamment les alertes du 11 novembre 39 et du 14 janvier 40 (affaire de Mechelen-sur-Meuse). La dernière fausse alerte fut celle du 10 avril 1940 lorsque, après l'invasion du Danemark et de la Norvège, les alliés franco-britanniques demandèrent l'autorisation d'occuper préventivement notre territoire.

    Les dix-huit jours

    Le 10 mai 1940, les divers bataillons occupent leurs positions de guerre, à l'avancée de la PFN, et accomplissent diverses missions de surveillance et de patrouilles, mais, dès le 11, le désastre d'Eben-Emael va amener le haut commandement à ordonner l'abandon des installations de la PFL et de la PFN si jalousement préparées les mois précédents. Les forts sont laissés à leur sort. Il n'y aura plus de "bataille de Namur" comme en août 14.

    Le 15 mai, la 9e Armée française est en pleine débâcle, le commandant décide de retirer de la PFN la 8e DI et la 2e Division de Chasseurs ardennais. Ces unités devaient franchir le canal de Charleroi et aller se rétablir sur la ligne canal de Terneuzen - tête de pont de Gand-Escaut.

    Ce que fut ce calvaire de la retraite après l'abandon sans combat de positions solides, dans un lourd équipement proche de celui de 1918, sous un soleil d'enfer, sous le harcèlement incessant des "Stuka" et des "Dornier", sans ravitaillement organisé, il faut quasi l'avoir vécu pour s'en faire une idée. Dans son excellent livre "Les 17 jours de mon mononke", Paul BIRON a bien fait revivre l'hallucinante fatigue de cette retraite. Celle-ci fit de nombreux déchets et c'est incompréhensible : on peut bien croire que notre génération hyper-motorisée ne pourrait plus fournir un effort aussi surhumain, malgré l'existence de nos nombreux clubs de marche.

    Mais l'armée qui arriva à la Lys était forgée et épurée ; elle allait se ressaisir et combattre avec rage, après la réorganisation et l'occupation de la bretelle Cruyshautem-Nockere, du 19 au 22 mai.

    Le régiment avait perdu environ 900 hommes dans la retraite. Mais, on citait déjà des exploits comme celui du peloton d'observateurs régimentaires, conduit par le premier sergent MARCHAND, qui, perdu dès Tamines, passa par Mons et Courtrai et rejoignit le régiment, le 19, à Vive-Saint-Eloi, après quatre étapes en solitaire mais toujours groupé et débrouillard. Cet exploit fit l'admiration du commandant ROUSSEAU qui avait dit : "Si MARCHAND est avec, il arrivera ici".

    La contre-attaque Babette

    La place nous manquera pour raconter en détails ce que fut cette bataille de la Lys que les vétérans du 13e commémorent chaque année à Vive-Saint-Eloi, Vive-Saint-Bavon et ailleurs. Mais deux épisodes illustreront le mordant retrouvé de nos meilleures unités.

    Le 26 mai 1940, refoulé sur son poste de commandement à Notre-Dame de la Salette, le major LECLERCQ, commandant le 1/21, galvanise ses débris de troupe, fait sonner "1/21 en avant" et se rue à la contre-attaque, vers 18 h 30, entraînant pêle-mêle fantassins, artilleurs, hommes du Génie. Il tombe sur le 1er Bataillon de l'Infanterie Régiment 455 et le fait reculer de plus de 600m. Trois commandants et un lieutenant tombent dans cette furieuse contre-attaque.

    Pendant ce sauvage épisode, le premier sergent major BABETTE, de l'EMI, qui se trouvait dans un secteur relativement épargné, décide de profiter de cette circonstance pour contre-attaquer en direction du 3e Bataillon bousculé par l'ennemi.

    Vers 19 h, le sous-officier réunit d'initiative une bonne vingtaine de volontaires, quatre FM et leur dotation. Les artilleurs et les fantassins hésitent d'abord, mais Albert BABETTE prend la tête et ils foncent à leur tour en tirant des rafales.

    Ils progressent de 1.500 m, libèrent les prisonniers que les Allemands viennent de faire, dont le commandant FICHEFET, commandant du 3/13. Ils s'emparent de la ferme Het Gœd ter Molsten.

    Participèrent à cette contre-attaque, outre le premier sergent major BABETTE, le sergent GENNART, le caporal clairon BESSON, le caporal STAMPE et les soldats BEGHUIN, COLET, DEGEYE, FOSSÉPREZ, HÉNETTE, RUCQUOY, STOCK, WAUTELET et quelques autres dont les noms se sont perdus. La plupart des acteurs firent l'objet d'une citation avec attribution de la croix de guerre 1940 avec palme ou lion en vermeil.

    Après cette action, il fallut bien abandonner le ferme conquise y laissant trois blessés intransportables : Edouard BEGHUIN (bras gauche éclaté avec artère sectionnée), Hector COLOT (blessé à la poitrine) et Jacques FOSSÉPREZ (blessé au ventre). Seul Edouard BEGHUIN, de Dinant, survécut.

    En 1940, le 13e ajouta "La Lys" à ces glorieuses citations de 14-18. Le prix était lourd : les 24, 25 et 26 mai, il laissa sur les rives de la Lys et de la Mandel 70 tués, dont 60 le 26 mai. Parmi eux, cinq officiers - major LAMY (11/13), commandant BAYET (8/13), aumônier de MOREAU D'ANDOY (3/13), sous-lieutenant ANDRE et GUILLEMIN - et trois adjudants chefs de peloton - CARLY, BORSUT, BERCERET.

    Le 19e de Ligne, premier dédoublement avant les 43e et 63e, partagea très étroitement le sort du 13e. Il perdit 79 des siens dont 3 officiers.

    En 1940, les chefs de corps étaient respectivement : 13e de Ligne, colonel LABIO ; 19e de Ligne, colonel BEM LAMBRECHTS ; 43e de Ligne, colonel R de WESPIN ; 63e de Ligne, lieutenant-colonel LAMBINET.

    Isy LALOUX.

    (1) Documentation extraite des deux excellents ouvrages du colonel BEM A. MASSART : "Historique du 13e de Ligne".

    (2) Adjudant de première classe Albert BABETTE (+) de Saint-Servais. Il était le père notre excellent concitoyen le colonel Nestor BABETTE, ancien commandant du 12e de Ligne et de l'Ecole d'Infanterie et le grand-père d'un autre officier d'infanterie, Thierry (33).

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    Régiments namurois dans la tourmente (1) - Le 13e de Ligne.

    Photo extraite du journal "Vers l'Avenir" du mercredi 8 août 1990.

    L'heure cruelle ; à Torhout, le colonel LABIO, commandant du 13e de Ligne, discute des modalités de la reddition avec le colonel allemand RODT, commandant de la section reconnaissance 25.

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    Régiments namurois dans la tourmente (1) - Le 13e de Ligne.

     Photo extraite du journal "Vers l'Avenir" du mercredi 8 août 1990.

    L'adjudant de 1re classe Albert BABETTE.

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    Régiments namurois dans la tourmente (1) - Le 13e de Ligne.

    Photo extraite du journal "Vers l'Avenir" du mercredi 8 août 1990.

    Parmi ces miliciens de 1936, à droite, Louis NAMÊCHE, futur ministre et bourgmestre de Namur.

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