• LES DORMEURS.

    Dehors, un vieux chausson, à la corde qui danse,

    Taché, lavé de pluie, informe, se balance.

    Et loin, c'est l'horizon loqueteux qui larmoie,

    Dire ! Dire sans mots la détresse des choses !

    Car les mots sont usés comme ce chausson rose,

    Et trop de fois lavés par des lèvres sans voix.

    Au loin, c'est l'horizon loqueteux qui sanglote.

    L'eau bruit comme un crachat au ciel creux qui toussote.

    Et les souliers sont lourds aux pieds de qui s'en va.

    Rien ne bouge et tout meurt de sa vie - Ô Misère ! -

    Sans regret ni désir, ni douleur, ni colère,

    Le vent blasphème seul cette mort sans combat,

    Et les souliers sont lourds à ceux qui veulent faire

    La route malgré tout vers une aube plus claire.

    Ce qu'ils gardent de Foi, la fatigue l'endort,

    Dire ! Dire sans mots leur détresse sans borne !

    C'est un silence lourd sur les pauvres qui dorment,

    Et dont les yeux voilés rêvent d'amour encor !

    ````````````````````

    Le nocturne artisan tresse de l'infini,

    Avec cette misère et ce chanvre pourri,

    Ses doigts font sur la mort un mince bruit de vie.

    Le dormeur qu'il éveille, écoute et se rendort,

    Avec son rêve enclos qu'il ne peut point lasser,

    Comme un rayon d'or pâle en son âme enchâssé,

    Et qu'il sent tout à coup moins subtile et plus fort.

    ````````````````````

    Dehors, moine entêté, sur les choses, la pluie,

    Verse l'ennui mortel de ses lèvres qui prient,

    Des minutes, sans fin, tombent d'un monde usé.

    `````````````````````````````

    (Extrait du "Le Peuple Belge" journal de l'Union des Socialistes Belges résidant en France, paru le dimanche 3 juin 1917.)

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  • Poésie de Louis PIERRARD parue dans le journal "Vers l'Avenir" du  mardi 27 février 1990.

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    NUIT D'HIVER.

    L'hiver sévit dans la nuit noire,

    Tout y est étrange ce soir.

    Les ombres des grands chemins creux,

    Se tortillent dans le vent houleux.

     

    Les arbres aux cîmes tourmentées,

    Par le souffle d'Eole, ont ployé.

    Les bruits de la nuit sont étranges,

    Tout se confond et se mélange.

     

    Dans l'âtre, le feu crache des tisons,

    Minet sursaute dans ses ronrons.

    Sous le ciel parsemé d'étoiles,

    La nuit s'endort dans ses longs voiles.

                                                                                    Louis PIERRARD.

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  • (Poésie de Pauline-Marie BLANCHARD parue dans le journal "Vers l'Avenir" du 1 décembre 1987).

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    SUR UNE DERNIÈRE ROSE D'AUTOMNE.

    Au milieu des rosiers mouillés

    Parmi les frimas de l'automne

    Parmi les arbres dépouillés

    Quant tout est triste et monotone

    Je te vois là dans ce décor

    Si belle ô merveilleuse rose

    Dans le vent qui brise et qui tord

    Par quel miracle encore éclose

    Rêvant sans doute en ton matin

    De douce et tiède rosée

    Perlant ta robe de satin

    A quelque soleil, exposée

    Mais les beaux jours s'en sont allés

    Et je n'ai plus que ton calice

    Aux tons d'ocre et de blanc mêlés

    Pour en retrouver le délice

    Et j'admire longtemps encore

    Rose, ta grâce souveraine

    Puis t'emporterai comme un trésor

    Qu'en ma demeure tu sois reine.

    Pauline-Marie BLANCHARD.

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  • (Poésie de M. BAUDHUIN parue dans le journal "Vers l'Avenir" du mardi 1 décembre 1987).

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    AUTOMNE.

    Et l'automne s'est installé,

    Fuyant le printemps et l'été.

    L'automne c'est le messager,

    De l'hiver qui va arriver.

    Feuillage multicolore,

    Virant du vert au rouge de l'or.

    Valsant, dansant une fois encore,

    Ultime effort du vent du nord.

    Possesseur de tableau réel,

    L'œil se mire, qu'elle est belle.

    Automne aux charmes sans pareils,

    Dans ton déclin tu fais merveille.

    M. BAUDHUIN.

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  • (Poésie de M. DELAUNOY parue dans le journal "Vers l'Avenir" du mardi 8 août 1989).

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    MON VILLAGE.

    Village de mon enfance, parcouru en tout sens,

    Par les bois, les marais, je comptais les années.

    Cardères et populages fleurissaient mon passage.

    Aux billes, à la marelle, virevoltait la dentelle.

    Dans les champs au lever, splendides chevaux de trait,

    Faisaient rouler la herse, sur fond de ciel promesse.

    A l'automne musardant, tram poussif et bruyant,

    Sur ses rails infinis, sa course s'est évanouie.

    De l'abreuvoir au mont, écorchée par les joncs,

    Naïve et indomptable, je cherchais l'introuvable.

    Village de ma jeunesse, a mis mon âme en liesse,

    Fit naître mes premiers pleurs, au détour de mon cœur.

    Meurtri, écartelé, mon village s'est brisé ;

    Cruelles, sans pitié, les grues l'ont assiégé.

    Immense trou béant, fours cuisant le ciment,

    L'industrie l'a dompté mais il n'a pas sombré.

    Sons et lumières dantesques, vos ombres gigantesques,

    Travailleurs pour la vie qui œuvrent sans répit.

    Bruit et poussières mêlés à la fumée crachée.

    A ce roc éclaté ma demeure est scellée.

    Village d'aujourd'hui, printemps, été ont fui,

    Sur cet espace de pierre promise, c'est ma terre.

    M. DELAUNOY.

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