• " J'ai échappé sept fois à la chambre à gaz ". (1)

    Avant-propos.

    En huit articles, nous nous permettons de publier textuellement, afin de préserver le sens que les intervenants ont voulu attribuer à leur témoignage, et par conséquent aussi, celui des rédacteurs des différents reportages qu'ils ont effectué à l'occasion du cinquantième anniversaire de la fin de la guerre.

    Les huit articles sont intitulés :

    1. J'ai échappé sept fois à la chambre à gaz.
    2. Ce retour dont René n'a pas gardé bon souvenir.
    3. Auschwitz-Birkenau : visite au champ d'horreur.
    4. À cinq ans, je me découvrais un deuxième père.
    5. Les cloches "volées" : une autre déportation.
    6. René GREINDL, le gouverneur résistant assassiné à Buchenwald.
    7. L'horreur de Buchenwald en quatre mille vers.
    8. Le prisonnier belge devenu chef du village allemand.

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    Le 7 mai 1945, à Reims, près du quartier général d'EISENHOWER, le général JODL et l'amiral Von FRIEDEBURG signent la capitulation sans conditions de l'Allemagne nazie. Le lendemain, au quartier général soviétique près de Berlin, le maréchal KEITEL signe à son tour l'acte définitif de capitulation. La guerre est finie. Les prisonniers qui ont échappé à l'horreur des camps vont progressivement revenir au pays.

    Pour marquer ce cinquantième anniversaire "Vers l'Avenir" a publié en 1995 quatre pages spéciales que nous reproduisons à partir d'aujourd'hui.

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    "J'AI ÉCHAPPÉ SEPT FOIS À LA CHAMBRE À LA CHAMBRE À GAZ". (1)

    Le Carolo Jacques ZAIF avait vingt ans en 45. À son retour des camps de la mort, il ne pesait plus que trente-six kilos. "Jusqu'au jour où je fermerai les yeux, dit-il, je ne pourrai jamais penser à autre chose qu'à Auschwitz".

    Jacques ZAIF préside l'Union des déportés et résistants juifs de Charleroi. Il fut libéré du camp de la mort d'Auschwitz par les troupes de STALINE, le 27 janvier 1945. Rescapé de la Shoah, il est la mémoire vivante d'un peuple immolé. Au moment où l'on va commémorer la libération des camps, il se souvient de l'inimaginable. De ce lieu où raison, logique et humanité étaient abolies.

    "Je suis né en 1925 à Valenciennes, raconte-t-il. J'étais âgé de quatorze ans quand la Seconde Guerre mondiale a éclaté. À cette époque, je vivais avec mes parents à Charleroi. Ils tenaient un magasin de vêtements à l'avenue de Waterloo. En septembre 1942, au moment des grandes rafles, nous avons quitté Charleroi pour nous cacher dans une ferme à Chimay. J'ai ensuite rejoint le maquis de Saint-Remy. Le 16 juin 1944, lors d'une attaque allemande, j'ai été fait prisonnier et conduit à la caserne de Charleroi.

    Je suis alors passé devant le conseil de guerre, qui me condamna à nonante-neuf ans de travaux forcés pour actes de résistance. J'avais de faux papiers. Je m’appelais Jacques CROQUET. Mais quelqu'un m'a dénoncé et a révélé que j'étais juif..."

    "Un orchestre jouait du Wagner..."

    C'est à ce moment que, pour Jacques ZAIF, commence la descente aux enfers. En juin 1944, il est conduit à Malines et doit embarquer dans un wagon à bestiaux pour Auschwitz.

    "Nous savions seulement que nous allions travailler dans les pays de l'Est, se souvient-il. Arrivé en Pologne, j'ai été affecté aux travaux des champs dans une ferme située non loin du complexe concentrationnaire. Il ne fallait pas être plus résistant ou plus malin que les autres pour survivre à Auschwitz. Seule la chance permettait d'échapper à la mort.

    Outre celle à la descente du train, j'ai passé six sélections pour la chambre à gaz. La baguette de l'officier qui désignait les morts en sursis ne s'est jamais posée sur ma poitrine. On savait très bien ce qu'il se passait dans le camp. Les odeurs de chair brûlée nous l'ont appris très vite..."

    Quand il évoque sa vie dans le camp, il remonte tout à coup sa manche avec une désinvolture douloureuse et dévoile un numéro tatoué : B 3668. La Shoah est plus que l'histoire de l'extermination de tout un peuple. Elle est également celle toute personnelle de chacun des six millions de Juifs exterminés par les nazis.

    "Lors de l'appel du matin, raconte Jacques ZAIF, si l'on ne se découvrait pas assez vite devant le kapo, on n'était pas certain de partir au travail. Il n'était pas rare que nous ramenions le soir avec nous, après le travail, des prisonniers morts d'épuisement ou à la suite à de mauvais traitements. Le tout toujours en musique : un orchestre jouait du Wagner à l'entrée du camp..."

    "Ma mère ne m'a pas reconnu..."

    Le 27 janvier 1945, à 14 h, les troupes de l'Armée rouge pénétraient dans le camp d'Auschwitz-Birkenau, mettant fin au génocide programmé du peuple juif.

    "Il est vrai que nous devons notre libération aux soldats soviétiques, mais c'est tout, note Jacques ZAIF. Quand ils ont pénétré dans le camp, ils ont pris toute la nourriture qui restait... Mais je ne peux pas leur en vouloir : ils avaient très faim, presque autant que nous. Ensuite, ils nous ont laissé là afin de poursuivre leur avance. Il est communément admis qu'il restait à Auschwitz plusieurs milliers de prisonniers moribonds que les Allemands avaient abandonnés dans leur fuite. Moi, je reste convaincu que nous n'étions qu'un millier.

    C'est la Croix-Rouge qui a donné les premiers soins aux déportés. En ce qui me concerne, je suis rentré par mes propres moyens. J'ai fait le voyage de retour avec un autre prisonnier, un ami de Bruxelles, Bernard ROSENSTEIN. Je suis rentré à Charleroi le 18 avril 1945. J'avais vingt ans. Ma mère, qui m'attendait sur le quai de la gare du Sud, ne m'a pas reconnu : j'étais tondu, gonflé; je portais un costume russe et je ne pesais plus que trente-six kilos..."

    "La guerre terminée, les gens n'ont pas cru les témoignages des Juifs rescapés de l'holocauste, car ceux-ci leur racontaient l'inimaginable. Vous auriez cru, vous, que des êtres humains puissent prendre un petit enfant par les pieds et lui fracasser la tête contre un mur ?..."

    Aujourd'hui, Jacques ZAIF tient depuis quarante-sept ans un magasin de confection à la rue de Marcinelle à Charleroi. Il a sept petits-enfants. "Ils sont ma seule victoire sur les Allemands qui ont tout fait pour que je meure, dit-il. Jusqu'au jour où je fermerai définitivement les yeux, je ne pourrai jamais penser à autre chose qu'à Auschwitz".

    (Propos recueillis par Laurence D'HOEY, parus dans le journal "Vers l'Avenir" du vendredi 5 mai 1995.)

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  • Commentaires

    1
    Laurence
    Jeudi 4 Octobre à 13:53

    Un témoignage que je n'ai jamais pu oublier...

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