• 1940-1945 - Les déclarations de M. Scapini sur le sort des prisonniers.

    "Il faut considérer le problème bien en face".

    "La libération de nos camarades serait une dérogation à des conventions signées. Cette dérogation ne peut être envisagée que dans l'esprit de Montoire".

    Et l'ambassadeur conclut :

    "Que chaque Français prenne maintenant ses responsabilités !".

    * * * * * * * * *

    Paris, 2 mai (de notre rédaction parisienne).

    M. SCAPINI, ambassadeur de France, a reçu ce matin les représentants de la presse française pour exposer la position actuelle du douloureux problème de nos prisonniers.

    Avant d'aborder le détail de cette importante mise au point, M. SCAPINI nous rappela ses récentes visites aux camps de nos indigènes coloniaux internés dans le sud-ouest ; puis à Châlons-sur-Marne, où il alla recevoir les contingents de prisonniers libérés (des pères de famille nombreuse, des ainés de grandes familles, des mineurs, des forestiers, des agriculteurs) ; enfin, à Chalon-sur-Saône, où il accueillit les convois de grands malades, réformés par les autorités sanitaires allemandes.

    Il ressort de ces déclarations que l'état sanitaire des camps d'indigènes coloniaux est moins alarmant qu'on l'avait chuchoté. Le dépistage de la tuberculose, qui généralement atteint l'indigène sous une forme foudroyante est effectué avec beaucoup de soins par le corps médical allemand et 2 % seulement de l'effectif des prisonniers sont atteints par la cruelle maladie.

    La grande préoccupation des libérés.

    De son inspection à Châlons-sur-Marne, l'ambassadeur a rapporté l'impression réconfortante d'avoir retrouvé des camarades physiquement et moralement en bonne condition.

    Le principal souci de la majorité des libérés était d'être mis au courant dès les premiers pas sur la terre de France, du rôle utile qu'ils allaient être appelés à jouer dans la reconstruction de la France meurtrie.

    "Le Maréchal, a dit M. SCAPINI, est extrêmement sensible au sort de nos prisonniers et prévoit une organisation d'orientation d'aiguillage qui les mettra au courant de ce qu'est devenue la France depuis leur captivité".

    A Chalon-sur-Saône, ou l'ambassadeur était allé saluer les libérés réformés pour cause de maladie - bien souvent de tuberculose - il a reconnu que là encore, le personnel sanitaire du IIIe Reich avait entouré de soins dévoués ses camarades malades.

    M. SCAPINI a alors annoncé que les autorités allemandes se préoccupent de rapatrier les malades avant qu'ils ne deviennent incurables et qu'au reste le rythme des retours de ce genre, pour cause de maladie, irait en s'accentuant.

    Une équivoque qu'il faut dissiper.

    Abordant alors le problème général des prisonniers de guerre, M. SCAPINI s'est expliqué en toute lumière, comme un ancien soldat, qui ne saurait farder la vérité.

    "Dans l'esprit des Français, a-t-il commencé, il subsiste une mentalité singulière, qu'il importe d'éclairer.

    Il est très humain que chacun désire le retour de son prisonnier et, qu'à chaque retour, je recueille le maximum d'impopularité au sein de familles qui affirment, toutes, que le cas de leur prisonnier est plus intéressant que celui du voisin...

    Or, il faut que chaque famille de prisonnier se mette bien dans l'esprit qu'une guerre, c'est une guerre, et que, quand elle est perdue, elle est hélas bien perdue !

    Deux textes régissent le régime de nos prisonniers : d'abord, la convention de Genève et, ensuite, le Protocole d'armistice, dont l'article 20 prescrit que les prisonniers resteront aux mains de la puissance détentrice jusqu'à la conclusion du Traité de Paix.

    Or, l'Allemagne applique rigoureusement la Convention de Genève : allant même plus loin, elle a consenti des dérogations, - on l'a vu - quant à la libération de certaines catégories de prisonniers.

    Mais, pour qu'il y ait une novation en la matière, il faudrait que surgissent des éléments nouveaux.

    Dans les guerres traditionnelles, il ne fut jamais question de libérer les prisonniers avant la signature de la paix. Cette guerre ne fut pas d'espèce traditionnelle et c'est précisément l'esprit révolutionnaire qui l'anime qui a dénaturé la tradition.

    Avant tout, l'Allemagne poursuit une guerre en vue de la reconstruction de l'Europe.

    Si les Français désirent une dérogation...

    La France ayant accepté de s'associer à cette réorganisation, nous étions fondés à nous tourner vers le Reich pour demander à son Führer certaines dérogations aux conditions d'armistice.

    Parmi les prisonniers, en effet, une élite de cadres pouvait d'abord manquer à la reconstruction de la France.

    Nous avons pu le faire immédiatement après Montoire, et c'est ce protocole signé à Berlin qu'ont découlé les libérations dont je viens de parler, ainsi que celles des internés en Suisse.

    Mais depuis, les fluctuations, les incertitudes, les incidents - notamment celui du 13 décembre - nous ont replacés dans la tradition pure et ont figé le problème des prisonniers.

    J'essaye donc de demander que l'on considère la situation bien en face, avec probité, avec sagesse, avec des yeux et surtout un esprit nouveau.

    Même actuellement, qu'on le veuille ou non, l'Europe forme un tout. C'est tout le problème de notre politique générale qui conditionne désormais le destin de nos prisonniers : et pourtant. Il n'y a pas de problème des prisonniers qui puisse être désorbité du problème de la politique générale.

    Il n'y a pas d'illusions à se faire ni de miracle à attendre : la libération de nos 1.800.000 camarades ne peut être de nouveau envisagée que sous le signe de l'esprit de Montoire.

    Le problème étant ainsi posé, que chaque Français prenne maintenant ses responsabilités".

    (Texte intégral extrait du journal "L'Ouest-Eclair" paru le samedi 3 mai 1941.)

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  • Commentaires

    1
    Dimanche 14 Avril à 10:02
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