• 1940-1945 - Floreffe sous les bombes d'un avion allié.

    Avant-propos.

    De novembre 1943 à mars 1944, se déroula une campagne de bombardement anglo-américaine sur Berlin  dénommée "La Bataille Aérienne de Berlin". En réalité, il n'y avait pas seulement la ville de Berlin qui était concernée, mais aussi bien d'autres allemandes. Dans cette aventure, la RAF a subi un bon nombre de pertes, plus de 1.000 appareils et 7.000 hommes. Ce fut davantage un échec qu'un succès sans compter qu'à son point culminant, la nuit du 30 mars 1944, le raid sur Nuremberg par 795 appareils eut comme bilan, 94 bombardiers abattus et 71 endommagés.

    * * * * * * * *

    Le samedi 4 mars 1994, l'hiver est bien là, rigoureux, un crachin verglaçant, voire de la neige, complète le décor.

    A Floreffe, il est 11 h 30, les cours de l'école libre viennent de se terminer, les enfants regagnent leur domicile pour le repas de midi. Leur instituteur, M. DELCHAMBRE tarde quelque temps pour attendre son petit élève, Louis CHAUSSÉE qui complète un travail alors que son grand frère Oscar l'attend pour remonter chez eux, à la ferme de Robertsart.

    Dans le ciel, un vrombissement d'avion se fait entendre. Comme à l'époque c'était assez fréquent, chacun dans le village pense que sont les avions Américains en route pour un raid sur l'Allemagne.

    Cependant, le fermier CHAUSSÉE conseille à ses ouvriers de se mettre à l'abri "rintro, on n'sait jamais ! "

    Le bruit entendu à peine disparu, qu'il revient en sens inverse mais à plus faible altitude.

    En fait, les forteresses volantes B-17F faisant partie probablement de la "3e Bomber Division" en vol vers Berlin, a fait demi-tour, ne pouvant poursuivre leur route en raison des mauvaises conditions atmosphériques. Elle se trouvaient ainsi au-dessus de Floreffe, dans l'axe Robionoy - Marlaires - Robersart.

    Il faut comprendre, qu'à haute altitude, la pluie combinée à la neige, engendre une couche de glace collée à l'appareil, en augmente le poids et nuit au bon fonctionnement des commandes.

    Dans de tels circonstances, les avions de chasse escortant les formations descendent à basse altitude dans le but de repérer l'endroit le plus propice pour que les bombardiers se délestent de leurs bombes.

    A Floreffe, ce repérage cible un plateau campagnard entre deux fermes isolées dont celle de Robersart. L'ordre est donné de délester à cet endroit et les bombes tombent dans l'étroite vallée du Préat et à la ferme de M. CHAUSSÉE...c'est la catastrophe.

    L'horreur.

    L'instituteur, M. DELCHAMBRE, occupé dans sa classe, entend le fracas, enfourche son vélo et, au plus vite qu'il peut, se dirige vers les lieux, par la rue Piret et la rue du Séminaire. Tout au long de son parcours, une poussière acre est suspension, partout, des débris de tuiles, d'ardoise, de briques et de pierres encombrent les chemins. Il lui reste une centaine de mètres à pédaler quand il remarque qu'il ne reste plus rien de la brasserie PETRE où le voisinage est déjà en train de fouiller les décombres.

    Soudain, il lui vient à penser à ses deux élèves de la ferme de Robersart. Dare-dare il s'y dirige...même spectacle insoutenable, une bombe est tombée en plein sur le corps de logis qui se trouve pulvérisé. Les abbés du séminaire tout proche sont accourus et déjà, œuvrent à la recherche et au dégagement des survivants. Il leur faut plus de vingt minutes pour extraire les premiers rescapés puis ils poursuivent leurs investigations.

    La grande horloge de la ferme est retrouvée dans les décombres, les aiguilles bloquées entre 12 h 35 et 12 h 40, heure exacte de la catastrophe.

    Le bilan en vies humaines - 9 décès.

    Une chapelle ardente dressée à l'Administration Communale a permis à  la population locale de rendre un dernier hommage aux neuf victimes de ce qu'on pourrait appeler...une erreur.

    Dans l'après-midi, le bilan détaillé en vies humaines est établi.

    Ferme de Robertsart.

    Dans une étable, quatre corps gisent, le papa, Louis CHAUSSÉE et ses deux fils cadets Oscar et Louis ainsi qu'un ouvrier agricole de Franière, Denis JANS.

    Brasserie PETRE.

    On retire le corps de la propriétaire, Alice MINET, veuve PETRE et ceux des ouvriers brasseurs, Gustave DUBOIS, habitant du quartier Préat et Hubert GENOT, de Buzet et un ouvrier occupé à cet endroit, M. CORIAT, de Franière.

    Habitante locale.

    Mme Jeanne PIRET, blessée chez elle par un éclat de bombe, s'empresse d'aller demander du secours chez son voisin, M. BAJART. Elle décède exsangue durant son transfert à la clinique.

    On dit parfois : "la chance était avec moi !

    Pour certains, cette réflexion était bien réelle, ce 4 mars 1944.

    Les familles BAJART et MARTIN ont vu une bombe tomber, sans exploser, entre leur maison proche l'une de l'autre de seulement 1,25 mètre. Le mardi 28 décembre, les services de déminage de l'Armée Belge sont venus l'enlever en creusant un puits de plus d'un mètre de diamètre et 4,5 mètres de profondeur. Il s'agissait d'un engin de 250 kg dont l’amorce s’était brisée.

    Mme Irma DENIS s'affairait dans la cuisine de la Brasserie PETRE quand les bombes sont tombées. Le hasard a voulu que la déflagration projette en l'air un grand pétrin, que celui-ci se retourne et couvre Mme Denis, la protégeant ainsi de la chute des décombres.

    A la Ferme de Robertsart, l'épouse du fermier, Mme CHAUSSÉE et son fils aîné, Jules, ainsi que deux ouvriers, Désiré BEGUIN et Lambert SEUMAYE s'en sont tirés fortement commotionnés

    Le bourgmestre, M. Louis REMY, habitant non loin de la ferme a hébergé dans sa maison l'épouse de M. CHAUSSÉE et ses trois enfants rescapés.

    Un V1 tombe dans la Sambre. (*)

    Floreffe se remet petit à petit de la catastrophe qui a fauché neuf de ses habitants en mars 1994, quand un an plus tard, le matin du 7 mars 1945, un V1 surgit venant de l'Est, pique un plongeon dans la Sambre, explose mais heureusement ne fait aucune victime si ce n'est la population piscicole. Par contre, les dégâts causés par l'explosion ont été nombreux.

    (*) V1  pour (Vergeltungswaffe) - en français arme de représailles = Engin explosif volant sans pilote dont la chute aléatoire était préprogrammée par panne de carburant.

    Les lieux du drame aujourd'hui.

    Pour bien situer où se trouvent aujourd'hui les endroits concernés par notre article nous les détaillons ci-après :

    • ferme de Robertsart - domine toujours la colline en arrière-plan du séminaire.
    • brasserie PETRE - se trouvait à l'emplacement des feux routiers de la N 90 près de la station-service. La partie constituant l'ancien corps de logis a subsisté à cet endroit jusqu'en 1968 et était habitée par le Dr DELFOSSE. Elle est disparue pour les besoins routiers (rond-point).
    • école libre des garçons - était située au bord de l'actuelle N90, la Régie des routes en a fait l'acquisition.
    • Administration Communale - se trouvait sur la place, face à la poste, où en ce temps, le Crédit Communal s'est installé.

     La cérémonie du souvenir.

    Une telle tragédie méritait qu'elle soit remémorée.

    Le 4 mars 1994, soit exactement 50 ans après qu'elle se soit déroulée, le collège échevinal a tenu d'organiser une cérémonie à la mémoire des victimes dont voici le programme :

    • 10 h 30 - messe solennelle en l'église paroissiale de Floreffe.
    • 11 h 30 - cortège vers la Rue du Séminaire et bénédiction de la plaque commémorative
    • 12 h - verre de l'amitié à la salle des fêtes communale.

    Les membres du Conseil Communal, ainsi que la "Compagnie des Turcs" et l' "Harmonie Saint-Charles" ont apporté leur concours à la réussite de cet hommage rendu aux victimes et leur famille proche.

    (D'après un reportage signé A. L. paru dans le journal "Vers l'Avenir" du vendredi 4 mars 1994.)

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    1940-1945 - Floreffe sous les bombes d'un avion allié.

    Photo (nos excuses pour sa mauvaise qualité) extraite du journal "Vers l'Avenir" du vendredi 4 mars 1994.

    Les dégâts aux immeubles sont importants.

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    « Anhée - Amour, Saucisse et Arsenic.Bioul - Classe de Mme Michelle LANNEAU 1969-1970. »

  • Commentaires

    1
    Vendredi 23 Mars à 15:10

    Très bel article. C'est toujours intéressant de remettre les lieux dans l'histoire.

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