• 1940 -1945 - Bruxelles sous le bombardement.

    Réveil tragique.

    Vendredi, 7 heures.

    Vendredi, à l'aube, à 4 h 30 exactement, dans un effroyable vrombissement d'avions qui volaient dans le ciel d'une pureté sans pareille, une violente canonnade réveilla la capitale. Un coup d'œil par les fenêtres, et chacun comprit. Le Troisième Reich venait de déclencher la catastrophe sur notre malheureuse Belgique.

    Les sirènes sonnèrent l'alarme. Peu de gens, pourtant, se résignèrent à gagner les abris ou les caves, n'osant croire encore qu'il s'agissait d'autre chose que d'un survol un peu plus massif qu'à l'ordinaire.

    A 6 heures, nous étions rue de la Loi. Partout, les troupes occupaient les carrefours, gardant la zone des ministères, le Palais Royal, tous les bâtiments publics. Si Hitler s'imaginait pouvoir faire occuper nos points névralgiques par ses "touristes" et par ses traîtres, voici à tout le moins une opération ratée...

    Devant le ministère de la Défense nationale, nous rencontrons M. PIERLOT, Premier ministre, et M. SPAAK, tous deux d'un calme parfait; -Alors ?

    - Ça y est, fait M. PIERLOT. Nous sommes attaqués, la Hollande également... A 5 h 30, nous avons lancé l'appel à la France et à la Grande-Bretagne. La Hollande a fait de même. Nous nous rendons maintenant chez le Roi.

    Une voiture s'arrête : M. JANSON passe par la portière son visage encadré de fils d'argent - blême. Le ministre de la Défense nationale, le lieutenant général DENIS, sort de son département et des voitures emportent les ministres vers le Palais Royal où va se tenir la première réunion, combien dramatique, de la tragédie qui recommence, après vingt-six ans...

    Il y a déjà du sang dans les rues de Bruxelles, où des bombes ont détruit des immeubles et blessé des ouvriers qui se rendaient à leur travail quotidien.

    Nous apprenons, dans les milieux autorisés, que les troupes allemandes ont franchi la frontière. Jusqu'à présent, nos lignes de destruction ont parfaitement fonctionné et l'ennemi est arrêté derrière ces lignes. En ce moment, l'armée s'occupe de réduire les petits détachements de parachutistes qui ont débarqué ça et là sur notre territoire.

    Il nous revient également que plusieurs avions allemands auraient été descendus par notre D.T.C.A.

    En ce qui concerne le nombre des victimes du raid sur l'agglomération bruxelloise, il est heureusement très réduit.

    Des morts, des blessés.

    10 h 20.

    A l'heure où nous écrivons ces lignes, on peut dire, d'une façon affirmative, que des bombes ont provoqué, à Bruxelles, des morts, des blessés, des dégâts déjà considérables. Si les obus de notre défense antiaérienne sont manifestement retombés en certain endroits, il est toutefois hors de doute que les aviateurs allemands aient également lancé des bombes sur notre capitale, ville ouverte. La nature des dégâts que l'on peut observer donnent à penser qu'il s'agit de bombes. Il serait également inconcevable que des obus de la D.C.A. aient pu allumer un incendie d'une violence pareille à celle qui sévit en ce moment, dans une usine.

    Dans un quartier vieillot, deux maisons ont été touchées et se sont écrasées en flammes. Trois personnes qui se trouvaient dans ces immeubles sont sorties légèrement blessées des décombres. Ailleurs, à deux pas de l'Ambassade des États-Unis, un hôtel de maître a été atteint.

    On aperçoit, par les fenêtres, dont les châssis ont été arrachés, les plafonds effondrés, l'intérieur bouleversé. Cette maison, par un heureux hasard, était vide.

    Une bombe, semble-t-il, est également tombée dans un quartier aristocratique du haut de la ville. Une femme a été tuée. Un enfant, qui se trouvait au balcon d'un immeuble, a été tué ainsi qu'une femme qui se penchait à une fenêtre au moment où l'explosion détruisit les deux maisons.

    Enfin, on signale en divers quartiers des blessés graves et légers.

    Quant à l'aérodrome d'Evere, il a été violemment bombardé. Des maisons avoisinantes ont été atteintes par des bombes de fort calibre, ont été détruites ou ont pris feu. A ce moment, on signale trois morts à cet endroit : deux femmes et un homme. Les nombreux blessés ont été transportés à l'hôpital de Schaerbeek.

    Sang-froid.

    Depuis l'aube jusqu'à ce moment, quatre alertes ont été données par les sirènes de la capitale. Chaque fois, c'est avec le plus grand calme que la population a gagné les abris. Après le premier raid, qui fit un certain nombre de victimes, les habitants de la capitale se rendirent compte que les conseils de la défense passive devaient être suivis à la lettre : aussi les rues étaient-elles presque désertes lorsque furent sonnées les alertes au cours de la journée. Seuls, quelques imprudents continuaient à circuler en dépit du danger.

    Nous l'avons dit, les bâtiments publics sont gardés par la troupe. Au début de l'après-midi, des barrières Nadar furent dressées aux abords de la zone neutre, et les soldats, renforcés par la gendarmerie effectuaient un sérieux filtrage parmi les personnes qui manifestaient le désir de s'introduire dans le quartier des ministères.
    Les commerçants commencent à orner leurs vitrines de papier gommé afin de protéger les vitres contre le souffle des explosions. A la gare du Nord, de nombreux réfugiés arrivant des régions de l'Est ont débarqué durant toute la matinée. Dans les rues, on croise de nombreuses voitures lourdement chargées de personnes et de bagages : de nombreux Bruxellois qui se sont ménagé un refuge à la campagne fuient la capitale.

    A l'heure où nous écrivons ces lignes, l'alerte vient d'être sonnée une fois de plus et, dans le ciel à peine traversé de quelques nuages dorés, les vautours hitlériens tournoient à nouveau...

    Mais le sang-froid de la population est toujours admirable.

    Une bombe détruit une habitation.

    Deux personnes sous les décombres - Une jeune femme grièvement blessée.

    Croisant une avenue bien connue des Bruxellois, une chaussée non moins bien notée eut particulièrement à souffrir du survol des avions ennemis, vendredi matin.

    Il était 5 h 35 lorsqu'une bombe aérienne tomba sur un immeuble, démolissant les étages et accumulant les débris sur le plafond du rez-de-chaussée. Dans le même quartier une autre bombe provoqua un vaste trou dans une artère.

    Les vitres et carreaux de plusieurs habitations avaient volé en éclats. Des volets, des persiennes et des châssis étaient défoncés ou pendaient vers l'extérieur. Le trottoir et la chaussée étaient jonchés de débris de verre. Les gardes civils accoururent d'un poste voisin, et aidés de quelques passants bénévoles pénétrèrent dans l'immeuble. Les pompiers furent bientôt sur les lieux. On put dégager une jeune femme blessée. Deux autres personnes étaient restées sous les décombres.

    La vitre d'une horloge électrique se brisa et les aiguilles s'arrêtèrent sur 5 h 35...

      (Texte extrait du journal "La Libre Belgique" paru le samedi 11 mai 1940.)

    * * * * *

    1940 -1945 - Bruxelles sous le bombardement.

    Photo extraite du journal "La Libre Belgique" paru la samedi 11 mai 1940

    L'effet d'une bombe lancée par les aviateurs allemands à Bruxelles : la maison s'est effondrée et les pompiers arrosent les ruines fumantes.

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  • Commentaires

    1
    Gg
    Lundi 10 Décembre 2018 à 17:24
    Je cherche trace de bombes sur bruxelles en juin 1944
      • Vince
        Vendredi 1er Février à 16:29

        Bonjour, tout autour des casernes d'etterbeek, les marques ne manquent pas.

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