• 1914-1918 : Santé à l'Enfance.

    M. Hasting PIMBURY vient de lancer à la nation anglaise un nouvel et éloquent appel, en faveur, cette fois, des enfants belges de la partie du pays occupé par l'ennemi. Nous ne doutons nullement de l'accueil chaleureux que nos Alliés feront à la demande du dévoué propagandiste, car c'est un véritable cri de détresse qui jaillit du cœur de ce grand ami des Belges en faveur desquels il ne ménage ni son temps ni ses peines.

    Nous pensons intéresser les lecteurs de "l'Indépendance" en leur donnant des détails précis sur cette œuvre admirable instituée depuis juillet dernier.

    But de l'œuvre.

    Le but de l'œuvre "Santé à l'Enfance" est de procurer aux enfants débiles de la partie envahie de la Belgique un changement d'air et une alimentation appropriée à leur état de santé, alimentation que les ressources de notre pauvre pays ne permettent plus de leur donner.

    Ce sont, particulièrement, les enfants qui souffrent le plus de la situation pénible dans laquelle vit, depuis de si nombreux mois, la population restée en territoire envahi.

    Le manque non seulement d'une nourriture suffisante, mais également d'une alimentation appropriée à leur âge, a considérablement anémié notre population enfantine et augmenterait dans des proportions effrayantes le nombre de tuberculeux si des mesures n'étaient prises pour sauver le plus grand nombre d'enfants de ce terrible mal.

    Tel est le but que se sont proposé les personnes qui se dévouent à cette œuvre d'un si grand intérêt pour l'avenir de notre pays.

    L'œuvre "Santé à l'Enfance" fonctionne grâce à deux organismes ; l'un existant en Belgique, l'autre en Hollande.

    Organisme de Belgique.

    L'organisme de Belgique comprend le comité et le bureau médical de Bruxelles, les sous-comités et bureaux médicaux de province.

    Le comité de Bruxelles, hollando-belge, a la composition suivante :

    Présidence d'honneur : M. van VOLLENHOVEN, conseiller de légation, chargé d'affaires de S. M. la reine des Pays-Bas, et Mme la comtesse J. d'OULTREMONT.

    Comité effectif : Présidente, Mme L. VANDENPERRE ; vice-présidente, Mme E. de STEURS ; secrétaire, Melle R. DOSSIN ; trésorière Mme SEDLITZ ; membres, Mmes ANDRIESSE, P. GRAUX, NOYONS et WENDELEN. Délégués médicaux : docteur NOYONS et PÉCHÈRE.

    Le bureau médical comprend les sommités ci-après , docteurs PÉCHÈRE, NAUWELAERS, CORDIER, SMEESTERS, HENROTIN, et MEUNIER.

    Le comité a invité tous les établissements d'instruction, sans distinction d'opinion, de religion, etc., à désigner les enfants qui leur semblent avoir le plus besoin de jouir des avantages de l'œuvre. Une première sélection est faite par le médecin adjoint à l'établissement.

    Les enfants ainsi désignés sont soumis à un examen minutieux par les membres du bureau médical, qui les classe en trois catégories :

    (1) Enfants dont l'état de santé ne nécessite pas un changement d'air immédiat ;

    (2) Enfants rachitiques, scrofuleux et pré-tuberculeux qu'un séjour en Hollande d'un mois à six semaines peut sauver ;

    (3) Enfants atteints de la tuberculose auxquels un séjour de trois mois dans un sanatorium en Hollande fera le plus grand bien.

    Les sous-comités et bureaux médicaux de province agissent comme le comité et le bureau médical de Bruxelles.

    Les enfants des 2e et 3e catégories étant désignés, les sous-comités envoient leurs listes au comité de Bruxelles, qui se charge d'obtenir les passeports pour la Hollande ainsi que les moyens de transport nécessaires.

    Organisme de Hollande.

    L'organisme de Hollande comprend le comité de La Haye et des sous-comités.

    Le comité de La Haye, belgo-hollandais, a la composition suivante :

    Comité d'honneur : Présidente, S.A.S. la princesse A. de LIGNE et Mme van VOLLENHOVEN ; membres, comtesse Ph. d'OULTREMONT, comtesse de KERKHOVE de DENTERGHEM, lieutenant-général DOSSIN, vicomte A. SIMONIS, baronne Taests van AMERONGEN, Mme van ALPHEN, Melle de STEURS, comte van BYLANDT, baron van SEROOSKERKE, M. ROODENBURG.

    Comité effectifs : Président, Mme van de WERVE ; vice-président, M. de BUEGER ; secrétaire trésorier, M. de POTTER d'INDOYE ; membre, Mme PISARD.

    Conseillers médicaux : docteurs DALLEMAGNE et LECOMTE.

    La mission du comité de La Haye consiste à placer les enfants :

    (a) tuberculeux, dans des sanatoria ;

    (b) anémiés, soit dans des familles lorsque les parents le désirent, soit dans des établissements situés à proximité de la mer ou à la campagne suivant les décisions des docteurs des bureaux médicaux de Belgique.

    Les sous-comités sont chargés de la surveillance des enfants pendant leur séjour en Hollande.

    Les tuberculeux et les anémiés placés dans des familles constituent en réalité des sections spéciales sous la direction de Melle ROLLIN et de Mme NÉRICKX.

    Le séjour en Hollande.

    Seules, trois personnes du comité de Bruxelles jouissent de l'autorisation de franchir la frontière néerlandaise pour accompagner les enfants : ce sont Mme la comtesse J. d'OULTREMONT, Mme L. VANDENPERRE et Melle R. DOSSIN, qui peuvent ainsi, à chaque voyage, se mettre en relation avec le comité de La Haye en vue de solutionner les questions qui doivent être réglées en commun.

    La grande majorité des enfants sont embarqués à Bruxelles pour les Pays-Bas ; ceux atteints de tuberculose voyage isolément.

    A l'arrivée du train à Roosendael, se trouvent des délégués, dames et messieurs, du comité et des sous-comités de Hollande, chargés de conduire les enfants à destination.

    Dans les divers établissements, les enfants sont soumis à un régime alimentaire spécial prescrit par les conseillers médicaux du comité de La Haye.

    Des bains réguliers sont imposés ainsi que des promenades journalières.

    Chaque semaine, les établissements adressent un bulletin de santé de leurs pensionnaires au comité de La Haye ; tous ces bulletins sont transmis au comité de Bruxelles, puis, par ce dernier, aux sous-comités de provinces et aux parents des enfants intéressés.

    De bonnes chaussures et des vêtements chauds sont, autant que possible, fournis gratuitement aux enfants à leur arrivée.

    Merveilleux résultats.

    La première arrivée d'enfants belges en Hollande a eu lieu le 10 août. Ce transport, qui ne constituait en réalité qu'une épreuve, ne comprenait que 62 enfants.

    Le 2e transport, qui se fit le 2 septembre, en comptait 620, et le 3e, qui a eu lieu le 3 octobre, 925.

    Le 18 octobre, 200 nouveaux enfants des provinces de Liège et de Limbourg arriveront par Maastricht.

    Les résultats obtenus après les deux premiers séjours ont été merveilleux : les enfants avaient gagné, en moyenne, de 4 à 5 kilos. Aussi la joie des parents au retour de leurs chers petits en Belgique est-elle impossible à décrire.

    Ce résultat, absolument concluant prouve la nécessité de l'œuvre "Santé à l'Enfance."

    De l'avis des médecins belges, il y a dans le pays occupé des milliers d'enfants dont l'état d'affaiblissement exige, si l'on veut les sauver de la terrible maladie, qu'ils puissent venir en Hollande recouvrer les forces qui leur manquent. Dans l'intérêt de l'avenir de la Belgique, il est hautement désirable que l'œuvre puisse fonctionner jusqu'à la fin de la guerre, ou, tout au moins, jusqu'au moment où la libération du territoire permettra d'assurer, d'une manière convenable, la vie matérielle de tant de jeunes et innocentes victimes.

    Mais, pour cela, il faut qu'elle dispose de ressources financières très grandes, étant donné non seulement la cherté actuelle des vivres, mais en outre le régime spécial imposé et, enfin, la nécessité de fournir de bonnes chaussures et certains vêtements aux enfants.

    Le séjour d'un mois d'un enfant en Hollande entraîne une dépense supérieure à Fr. 100.

    Jusqu'à ce jour, les frais de séjour ont été payés à l'aide d'une petite subvention donnée à titre d'essai par le gouvernement belge et de dons recueillis en Belgique et en Hollande.

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    S'il appartient à un Anglais tel M. Hastings PIMBURY de faire appel à la générosité de ses compatriotes, il est du devoir des Belges résidant à l'étranger de songer à soulager, dans la mesure de leurs moyens, la misère de la population restée en Belgique : ils n'ont point failli à ce devoir, c'est vrai, mais ils comprendront qu'aucun geste ne peut être plus précieux au cœur de leurs concitoyens que celui fait en faveur de leurs enfants, sauvés, grâce à leur concours, de la maladie et peut-être de la mort.

    (Texte intégral extrait du journal "L'Indépendance  Belge", paru le  mardi 24 octobre 1916.)

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