• 1914-1918 : Les souffrances du peuple Belge.

    Situation grave. - En province.

    Malgré les prodiges accomplis par les administrations publiques et les organisations privées en vue de l'alimentation de la population, on peut affirmer dès à présent que l'ouvrier et le petit bourgeois se trouvent en pleine dénutrition et dépérissent faute d'une nourriture suffisante. Les riches même, qui peuvent encore s'adresser au commerce particulier, ne trouvent pas tous les produits indispensables à une alimentation rationnelle suffisante.

    Les chômeurs et les demi-chômeurs reçoivent bien du pain, de la soupe et des aliments non préparés représentant un second repas ; les enfants ont en plus à l'école une étuvée avec de la soupe et les débiles en plus un plat de viande ou d'œufs.

    Les enfants débiles forment le tiers de la population des écoles.

    J'ai eu l'occasion de m'entretenir de la situation avec un médecin spécialement versé en ces questions. Voici les terribles constatations que j'ai recueillies de sa bouche : Les adultes ne reçoivent que la moitié de la ration physiologique de repos. Les enfants non débiles ne reçoivent que les deux tiers de ce qui leur est nécessaire et les débiles que les trois quarts.

    C'est la dénutrition, c'est-à-dire la misère physiologique, la mort lente. Quoi d'étonnant d'apprendre que la tuberculose fait d'énormes ravages et que la forme ganglionnaire se propage chez les enfants ?

    Ce qui fait défaut dans l'alimentation chez nous ce sont les composés-azotés, viande, poissons, etc., et les corps gras, graine, huile, beurre, lait, lard, fromages, etc.

    Les médecins des hôpitaux assistent impuissants au dépérissement de la race. La tuberculose chirurgicale a triplé, les nouveau-nés rachitiques étaient en 1914 relativement peu nombreux : 4,7 pour cent ; en 1916 ce pourcentage s'élève à 21,4 pour cent !

    La situation s'aggrave chaque jour.

    C'est l'agonie lente d'un peuple.

    Et l'Allemand a réquisitionné tous les produits nationaux, sucre, pommes de terre, etc., dont il fait débiter ce qu'il lui plait dans les magasins communaux.

    Il jette les hauts cris contre la politique du blocus du Royaume-Uni, et lui, après avoir violé et martyrisé toute une nation, il l'affame quand il a l'obligation de la nourrir.

    Nous avons souvent des nouvelles de province qui nous réchauffent le cœur. Les Allemands exploitent comme ils le peuvent, pour les besoins de leurs opérations militaires, les carrières de Lessines.

    Au début, ils ont offert jusqu'à 20 et 25 marks par jour aux ouvriers pour faire sauter les mines. La population ouvrière de Lessines a presque unanimement refusé de travailler pour l'ennemi. On a fait venir des ouvriers flamands et quelques Borains. Les ouvriers leur ont fait grise mine. Les enfants même s'en sont mêlés. Lorsqu'un ouvrier travaillant pour les Allemands demandait son chemin, les gamins patriotes les envoyaient se promener ailleurs.

    Partout l'Allemand est profondément détesté par la population, et l'on se montre au doigt les quelques rares individus qui frayent avec eux. Les chansons populaires contre les Prussiens sont nombreuses. On les murmure porte close, tous les enfants les connaissent. Il en est une de la province de Namur qui n'est pas tendre pour les Barbares. Elle commence par ces mots : "Amis français et anglais, mettez vos grands tabliers blancs..."

    Jean CLAES.

    (Texte intégral extrait du journal "L'Indépendance  Belge", paru le  mardi 24 octobre 1916.)

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